Ce livre m’aura tenue en haleine huit soirs durant, et j’ai reculé le plus possible le moment de le refermer tant il m’a fascinée. Quelle œuvre nous donne à lire cette jeune romancière, avec ce premier texte, fruit d’un immense talent et de sept années d’un travail titanesque !
L’autrice nous entraîne avec panache dans l’histoire de la famille Bromberg, dont Isabelle, psychiatre appelée à l’aide par la jeune Zoé depuis sa cellule, mène le récit en remontant le temps pour comprendre comment cette jeune femme en est arrivée là. Proche de l’esprit de la tragédie grecque, le roman est porté par une plume aérienne et maîtrisée qui voltige sans temps mort, réglée comme une partition qui subjugue autant qu’elle intrigue, et si le texte résiste parfois au lecteur, celui-ci n’en est que plus émerveillé par la suite.
Elise Lespade sait parler de la famille, de ses fragilités et de ses rancœurs, de ces générations qui se transmettent, entre amour et haine, un héritage empoisonné fait de trop lourds silences et d’une folie toujours prête à exploser. Ses phrases se gonflent, s’amplifient, tournoient et virevoltent sur la page, et l’on ne peut qu’admirer ce style étincelant ; les détails nous saisissent, certaines scènes, plus que réelles, irradient, et l’épaisseur des personnages est tout bonnement incroyable. Que c’est bon de retrouver une lecture au long cours qui chaque soir vous promet l’éblouissement ! Près de 800 pages, et alors ? Pourquoi ne pas prendre le temps de savourer une telle écriture, où tout respire l’exigence, où rien n’est fabriqué ni artificiel, et qui offre, à l’heure où l’on plaide pour une littérature humaine, la plus belle des preuves ?
Alors si ce n’est déjà fait, précipitez-vous sur ce livre spectaculaire. Vous vivrez des heures intenses, nourries de virtuosité et d’une gourmandise qu’il serait dommage de se refuser.
Isa sur Insta : lodyssee_des_mots


