jeudi 25 avril 2024
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Kientzheim – Les épuisés reprennent pied grâce au Credir

Créée en juin 2013 par Jean-Denis Budin à la suite d’un burn-out qu’il a lui-même subi, l’association organise des stages pour les salariés et les dirigeants victimes de surmenage. Au fil des années, le Credir a observé les mécanismes qui induisent ces situations. Il alerte notamment sur la digitalisation en augmentation dans nos sociétés. Mais le Centre d’entraînement pour dirigeants et managers en transition propose des solutions : en plus des stages, des conférences, des livres, un Institut de prévention de l’épuisement humain sera créé le mois prochain. Explications avec Jean-Denis Budin.

Le 100ème stage organisé par le Credir aura lieu en juin, pouvez-vous nous expliquer le concept de ces formations ?

Depuis plus de 10 ans, nous organisons des stages de trois jours pour prévenir le burn-out. Il s’agit de faire le point sur toutes les dimensions de sa vie, professionnelle et personnelle. Une dizaine d’experts (médecins, coachs sportifs, RH, experts-comptables, avocats et chefs d’entreprises) aident entre 4 et 10 stagiaires à établir une feuille de route pour rebondir. Notre méthode est très interdisciplinaire. Cela permet de mettre en lumière que le mécanisme de l’épuisement n’est pas lié directement au travail. La moyenne d’âge de nos stagiaires est de 48 ans. Nous voyons arriver des personnes de plus en plus jeunes. Tous les métiers et tous les statuts sont touchés.

Quelles sont les évolutions marquantes du Credir depuis 2013 ?

Parmi nos intervenants experts, beaucoup font de la recherche. Durant les stages, un des éléments centraux de notre pédagogie est le récit de vie : pendant trois heures, les gens se racontent. Nous avons développé pour les entreprises un dérivé de cette méthodologie où les salariés se confient pendant une heure. Nous avons aujourd’hui 60 000 pages d’entretien, codées dans des outils d’analyse textuelle. Cela permet de déceler si les problématiques sont individuelles ou si des tendances collectives se dégagent. On est devenu spécialiste de certains thèmes : les aidants, les gens qui ont un profil atypique, souffrant du syndrome d’Asperger, ou de troubles « dys » (dysphasie, dyslexie, dyscalculie…). Nous avons aussi pris conscience des problèmes spécifiques des femmes : elles mènent souvent deux vies et ont un corps plus compliqué à gérer que celui des hommes, notamment au moment de la ménopause. Et nous avons constaté les méfaits de l’overdose digitale. Avec le confinement, cela a pris des proportions énormes. Aujourd’hui, à titre personnel, les outils digitaux sont utilisés pendant trois à quatre heures par jour. Il y a vingt ans c’était zéro. Ces quatre heures sont mangées sur le sommeil et la vie sociale.

La moyenne actuelle des nuits de sommeil est de 6h, alors qu’elle devrait être de 8h.

Quand notre cerveau est trop fatigué, notre capacité à prendre de bonnes décisions s’altère. Nous devenons plus impulsifs, plus violents. Nous alertons sur ce sujet en publiant un livre : Le Cri-rêve des épuisés qui sortira au mois d’avril.

Pourquoi ce titre ?

Nous poussons un cri en disant attention : notre société devient dangereuse, et en même temps, nous avons un rêve : avoir des outils pour contrôler son niveau de fatigue et s’en protéger. D’ici la fin du mois d’avril, nous allons créer l’Institut de prévention de l’épuisement humain. L’objectif est d’identifier des marqueurs médicaux pour qu’à terme, les médecins puissent identifier un indice d’épuisement. Le Credir, associé à une équipe spécialisée dans la levée de fonds médicale, crée cet institut pour financer la recherche médicale. Avec les IRM on peut voir aujourd’hui ce qu’il se passe dans le cerveau, mais c’est 5000 euros. Nous voulons développer des outils plus accessibles. Nous lancerons le livre et l’institut fin avril au Sénat à Paris, car nous avons des parrains sénateurs pour ces deux projets.

L’overdose digitale est-elle suffisamment prise en compte aujourd’hui par la société ?

Actuellement, quand on évoque ce problème, on cible les enfants et les adolescents. Mais selon moi cela revient à regarder la paille dans l’œil du voisin et non la poutre chez soi. Le harcèlement scolaire est bien sûr favorisé par le numérique, mais il existe aussi des violences conjugales, familiales, au travail, dans les commerces… Tout est lié.
On trouve souvent à la source des gens qui passent leur vie devant des écrans, confortés dans leur mode pensée par les algorithmes qui ne leur envoient que les informations qui leur font plaisir et qui « pètent un câble » à un moment donné. Dans le livre Le Cri-rêve des épuisés, je fais un parallèle entre les Gafam et les cigarettiers. Ces gens-là sont en train de détruire la santé de leurs consommateurs comme l’ont fait les cigarettiers dès les années 1950-60. Le patron de Netflix a déclaré que son principal concurrent était le sommeil. Oser dire un truc pareil c’est terrible !

Diriez-vous qu’il y a eu un avant et un après Covid ?

Oui, clairement en 2020, nous avons observé une inflexion spectaculaire du rapport au travail et au numérique. L’équilibre entre vie professionnelle et personnelle a changé et le temps passé sur les écrans a augmenté. Les gens ne sortent plus beaucoup de chez eux, ils sont devenus plus individualistes. Même des retraités passent 10h par jour devant leur tablette. Le monde associatif est en souffrance. Parmi nos rêves, il a aussi celui de reconstruire le tissu des relations collectives.

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