jeudi 18 juillet 2024
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Marie-Paule Gilardoni – Double casquette

Elle parle avec autant de passion du monde entrepreneurial que du monde viticole. Marie-Paule Gilardoni dirige à la fois le pôle cession-transmission au sein de la CCI d’Alsace et le syndicat des producteurs négociants, Les Grandes Maisons d’Alsace. Non issue du milieu viticole, elle a appris à mieux connaître et apprécier les vins d’Alsace et en est devenue une fervente défenseuse.

Pourquoi occupez-vous ce double poste de directrice du pôle cession-transmission de la CCI Alsace et de directrice du Groupement des producteurs négociants du vignoble alsacien (GPNVA) ?

Historiquement, le poste de la direction du GPNVA a toujours été rattaché à la CCI. Le syndicat des producteurs négociants a été créé en 1913. Les liens entre la CCI et ce syndicat remontent à l’après-guerre. Après la Première Guerre mondiale, la Chambre de commerce française à Londres avait proposé de remplacer les vins allemands présents sur le marché anglais par des vins d’Alsace. Les grands domaines viticoles étaient déjà tournés vers l’international. Les producteurs négociants représentent aujourd’hui plus de la moitié des vins d’Alsace présents à l’export. Ce sont des commerçants, tous sont ressortissants de la CCI. En 1936, le siège du syndicat a été transféré à la CCI de Colmar. Le directeur général de la Chambre s’occupait également de la direction du syndicat des producteurs négociants. Il existe des valeurs et des ambitions communes qui unissent les deux structures. Il y a la volonté de faire rayonner les produits alsaciens d’excellence.

Depuis quand occupez-vous le poste de directrice des Grandes Maisons d’Alsace et comment organisez-vous votre travail entre vos deux missions ?

J’occupe ce poste depuis 2013. J’ai un contrat CCI mais avec une mise à disposition à 50% pour les Grandes Maisons d’Alsace. Au quotidien, je lisse mon activité en fonctions des priorités, des actualités et des sujets du moment.

©Documents remis

Est-ce que le monde viticole alsacien vous était familier ?

Je ne suis pas issue de ce milieu ni d’une région viticole, car je suis originaire de la vallée de Munster. Mais le secteur viticole m’a toujours intéressée. Il fait partie de l’histoire de l’économie de la région. Et les vins d’alsace sont des produits plaisants que j’ai appris à connaître, à redécouvrir. J’ai passé le diplôme de « dégustateur des vins d’Alsace » décerné par le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa). J’ai appris à les apprécier et à en faire la promotion.

Qu’est-ce qui vous passionne dans ce milieu ?

Ce qui me frappe c’est que malgré le contexte difficile : la consommation de vins en baisse, la crise du Covid, les situations géopolitiques tendues, la hausse des coûts, les contraintes administratives, etc., les maisons viticoles sont d’une résilience incroyable. De plus, ce sont le plus souvent des entreprises familiales qui ont une fierté et une volonté d’aller de l’avant. Et sur tous les sujets discutés au sein du syndicat, à chaque fois il y a une responsabilité vis-à-vis de la filière. L’intérêt collectif prime sur l’intérêt individuel. Ce sont des valeurs qui me parlent. Globalement, on sent une volonté de préserver l’écosystème, de faire en sorte que tout le monde suive, ceux qui vendent leurs raisins comme ceux qui achètent.

Les Grandes Maisons d’Alsace organisent ce 25 mars la présentation du millésime 2023. Pouvez-vous nous présenter cet événement ?

Il s’agit d’un événement destiné aux professionnels locaux : restaurateurs, cavistes, sommeliers. L’idée est de faire la promotion des vins d’Alsace en Alsace. 25 Maisons du syndicat y participeront et proposeront plus d’une centaine de vins à la dégustation. Nous attendons plus d’une centaine de visiteurs. C’est la 3ème édition cette année, toujours organisée à Colmar et à l’Hôtel Bristol. Le thème de cette année est le gewurztraminer, c’est un peu à contre-pied, mais c’est un choix. Certains producteurs inviteront à découvrir des gewurztraminers de macération. Il y aura aussi un bar à gewurztraminers.

C’est le cépage un peu mal aimé en ce moment ?

Disons qu’il y a une évolution des goûts, mais il reste un cépage emblématique d’Alsace qui a son histoire. Au sein du GPNVA nous parions sur le fait que le gewurztraminer n’a pas dit son dernier mot. C’est un clin d’œil qui vient en soutien aux producteurs, qui restent attachés à ce cépage.

Organisez-vous aussi des événements à destination du grand public ?

Oui, depuis 2017, cinq à six fois par an, nous organisons les soirées « Dînez avec les Grandes Maisons d’Alsace ». Nous nous rendons dans un restaurant, quatre de nos membres présentent leur domaine et leurs vins. Le chef parle de ses plats. Et nous choisissons les accords mets-vins avec le restaurateur. Ces dîners rencontrent un grand succès, nous accueillons à chaque fois une cinquantaine de participants. Les gens aiment mettre un visage sur les vins qu’ils consomment et qu’on leur raconte l’histoire de ces vins et des domaines viticoles. Le prochain dîner aura lieu le 18 avril Au Vieux Moulin à Graufthal en présence des maisons Arthur Metz (Marlenheim), Kirrenbourg (Kaysersberg), Louis Sipp (Ribeauvillé) et Léon Beyer (Eguisheim). Chaque année nous sommes également présents à Foire aux vins de Colmar. Nous avons un stand commun avec les vignerons indépendants et les caves coopératives. C’est un événement incontournable pendant la période estivale. C’est important en termes d’image et de notoriété. En journée, nous voyons beaucoup de touristes, l’occasion pour nous de faire découvrir, d’écouter ce qui se dit sur les vins d’Alsace et parfois de tordre le cou à certains a priori. Le soir, nous rencontrons un public plus jeune et on se rend compte qu’ils boivent encore du vin, même si la concurrence est rude avec d’autres boissons comme la bière.

Comment, selon vous, les vins d’Alsace peuvent-ils tirer leur épingle du jeu ?

Les vins d’Alsace possèdent beaucoup d’atouts. Les tendances de consommation sont plutôt aux vins blancs secs et le crémant se porte très bien. Les pinots noirs ont également la cote. L’export se développe et pour le moment, la demande reste forte sur les vins bio. De plus, sur le plan environnemental, le vignoble alsacien est le plus vert de France et un des plus verts d’Europe. Bien sûr, nous devons faire face aux évolutions de consommation, aux contraintes réglementaires, mais nous agissons, nous avons su nous montrer novateurs.  

 

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