jeudi 18 juillet 2024
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Anaïs Gasparini – Elle nous fait du cinéma

Vous n’avez que 23 ans, mais vous avez déjà pas mal bougé.

J’ai vécu à Orschwihr, c’est un petit village de vignerons avant d’arriver à Meyenheim, et de passer quatre ans à Strasbourg, un an à Lille et me revoilà de retour à Meyenheim. 

Le théâtre a toujours compté dans votre vie ?

J’en fais depuis que j’ai onze ans, mais au début je voulais devenir professeur. En 2020, j’ai découvert le cinéma, j’avais 18 ans, j’ai voulu devenir comédienne, il y a eu un truc en plus. C’est ça qui me porte. Pendant deux ans, j’ai tourné avec des étudiants, je me suis fait ma formation parce que je ne pouvais pas me payer une école de cinéma. 

Vous êtes totalement autodidacte, même pour la mise en scène ? 

Oui, je fais partie du programme européen Europascène, j’enseigne le théâtre en France et en Allemagne, on monte des spectacles permettant à plus de 150 apprentis d’interpréter des saynètes théâtrales franco-allemandes sur leur métier et de grandes causes sociétales. Nous sommes passés à Colmar pour la grande finale, au théâtre municipal, c’était ma première compétition de metteur en scène bilingue, un grand moment où j’ai été médaillée d’or et double médaillée d’argent. J’interviens aussi en milieu scolaire, dans des lycées ou des CFA. 

Vous tournez également, il y a eu le court-métrage Par amour, et maintenant une docu-fiction Labeur de labours ! Ce sont des films indépendants. 

J’ai envie de raconter des histoires vraies, authentiques, sans un producteur qui va me dire de changer mon scénario parce que c’est ça qui marche. Labeur de labours est le parfait exemple. Alors bien sûr on me demande toujours pourquoi je me prive de subventions, surtout que c’est un sujet d’actualité, l’agriculture, mais très sincèrement je ne pourrais pas raconter la véracité brute. Bon, ma stratégie ne tiendra pas longtemps, mais pour mes premiers projets, ça marche. J’ai une équipe de gens formidables, que des gens d’ici, même si je fais beaucoup de choses seule, je suis scénariste, réalisatrice, actrice, productrice, je m’occupe de la diffusion, la partie presse, bref je suis un peu partout. Je travaille énormément en tant qu’artiste de théâtre pour financer mes projets qui vont tourner ensuite dans des festivals internationaux. Je suis très contente parce que j’ai obtenu 22 prix sur mes trois premiers projets. Je me suis lancée dans la réalisation en septembre 2022, j’ai monté A.C.U Production pour faire un cinéma qui me ressemble. J’ai de grands rêves de cinéma, je ne vais pas attendre que quelqu’un les fasse pour moi, personne ne peut connaître les histoires que j’ai envie de raconter, les personnages que j’ai envie d’interpréter. Je me suis tout simplement créé ma place. 

Vous tournez en Alsace en ce moment, c’est important ? 

Oui, l’Alsace, c’est une belle terre de tournage. Labeur de labours est une mise en valeur des paysages de la campagne alsacienne. C’est magnifique. 

C’est une docu-fiction ? Pourquoi ce format ? 

52 minutes, ça correspond à un format télé, pour financer les projets suivants, le but est d’être diffusé sur France 3 ou sur Arte, ou par une plate-forme de streaming. J’ai choisi ce format hybride de la docu-fiction parce que je voulais à la fois raconter une histoire d’agriculteurs, et pour cela il me faut des acteurs, et je voulais aussi donner la parole aux agriculteurs de ma région. Je voulais des paroles vraies, je cherche le vrai. C’était donc un format idéal pour cela. J’ai regardé pendant des heures et des heures des interviews, des documentaires sur la question pour comprendre le concret de leur vie, et j’ai écrit le scénario en intégrant les parties documentaires. 

Pourquoi avez-vous choisi ce sujet ? 

J’ai commencé à l’écrire en voyant les manifestations des agriculteurs au début de l’année, c’est quelque chose qui me touche beaucoup. Je trouve leur précarité intolérable, terrible, c’est eux qui nous nourrissent. Ils s’investissent pour leur pays. J’avais envie de faire quelque chose, et il y a un truc que je sais faire, c’est un film. C’est l’histoire d’une étudiante en journalisme, une citadine, qui va passer des vacances dans ce milieu et qui va se rendre compte que ce n’est pas rose tous les jours. Suite à une tragédie, toute la famille va s’unir pour sauver l’exploitation.

Vous avez 23 ans, ce ne sont pas les préoccupations des jeunes gens de votre âge…

Mais cela devrait l’être (rires) !

Le cinéma n’est pas juste un divertissement. C’est comme mon court-métrage La Strasbourgeoise, c’est l’adaptation d’un chant militaire qui raconte une histoire durant la guerre de 1870. Je me souviens qu’à l’école, on avait à peine survolé la période. C’est important de connaître notre passé, de savoir d’où l’on vient pour comprendre la situation actuelle. Je suis peut-être une révoltée qui a envie de changer les choses, et ma manière de le faire, c’est le cinéma. 

On sent une telle conviction en vous, on se dit que forcément un jour, vous montrez les marches du Festival de Cannes…

Merci, je le souhaite. Je sais que je vais réussir, c’est écrit. Je pense que c’est en faisant les choses que tout se met en place. Je fais juste mes films. Le but est d’avancer, et de se laisser surprendre par la vie.  

Le rendez-vous à prendre

La grande avant-première du docu-fiction Labeur de labours avec l’équipe du film est prévue pour le 14 décembre à partir de 18h30 au Ciné croisière de Cernay. Les agriculteurs qui ont participé au film proposeront des stands. 

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