jeudi 25 avril 2024
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À pied d’œuvre de Franck Courtès

L’auteur raconte comment, après avoir été un photographe de renommée mondiale, il a renoncé à son confort de vie pour vivre de sa plume. Un roman poignant sur la réalité du métier d’écrivain. Éditions Gallimard.

« Le métier d’écrivain consiste à entretenir un feu qui ne demande qu’à s’éteindre ». Voilà les premières lignes du livre de Franck Courtès et ça claque directement. Si l’on s’imagine encore l’écrivain au chaud face à un feu crépitant devant une tasse de thé fumante, heureux et serein, c’est que probablement on n’a rien compris à cet enjeu qu’est l’écriture et à la réalité saisissante qui en découle. Il y a un coût à vouloir se jeter dans l’écriture au prix souvent d’une vie en apnée. C’est là tout le sujet de ce récit.

Du métier de photographe exercé avec brio durant 25 ans, Franck Courtès n’a plus vu briller les étoiles. Le numérique et le jeu de la concurrence ayant fini de lever le voile sur un monde qui n’était plus celui auquel il rêvait. D’un art à l’autre, il n’y a qu’un pas qui se révèlera pourtant plus ambitieux qu’il n’y paraît, car « le succès d’estime, le plus fréquent de tous, ne suffit pas à faire vivre un auteur ». Même si ses livres précédents lui ont valu de nobles succès, il lui est impossible de vivre de sa plume. Comment cheminer alors quand l’écriture se fait à ce point nécessité dans l’existence ?

« À pied d’œuvre » ou « au pied du mur »

L’auteur nous explique dans ce portrait dressé qu’il est question de survie et que le prix à payer pour gagner cette liberté d’écrire est vertigineux. Il dépeint une situation de précarité qui fait froid dans le dos. On y découvre le monde ingrat et pernicieux des petits boulots, qui méprisent les hommes dans leur humanité profonde, les rendant invisibles aux yeux de la société. Il met en lumière le déséquilibre prégnant de notre société, cette surexploitation qui y règne, faisant de ces corps invisibles des pantins qui se courbent et se plient, prêts à rompre pour quelques euros. Franck Courtès manie les mots magnifiquement bien sans jamais les départir de dérision.De la Grande Librairie aux toilettes à déboucher, il y a une infime frontière. Les souffrances que l’homme est prêt à accepter pour espérer manger et donner vie à ce qui s’agite en lui sont poignantes. « Entre mon métier d’écrivain et celui de manœuvre, je ne suis socialement plus rien de précis. Je suis à la misère ce que 5h du soir en hiver sont à l’obscurité : il fait noir mais ce n’est pas encore la nuit. » Un témoignage bouleversant et intelligent.

Isa sur Insta : lodyssee_des_mots

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